4 phase prospective de la guerre de demain pour eclairer la prochaine guerre après la guerre prochaine.
I. L’ère des essaims — quand les machines s’entredétruisent
L’aube du conflit du futur ne ressemble plus aux grandes chevauchées blindées du XXe siècle, ni aux débarquements massifs de chair et d’acier qui définissaient jadis la guerre totale tel que l’imaginaire stratégique occidental le concoit depuis la seconde guerre mondiale.
Elle ressemble à un ciel qui se noircit, à un sol qui vibre, à une mer de signaux électromagnétiques qui efface soudainement tout silence. La dronisation de la guerre — commencée timidement dans les vallées afghanes, perfectionnée dans les plaines ukrainiennes, théorisée dans les laboratoires de Shenzhen, de Boston et de Tel Aviv — a enfanté une forme de combat radicalement nouvelle : la guerre des essaims, la guerre des masses automatisées, la guerre où l’intelligence humaine se retire progressivement du geste létal pour n’en conserver que l’intention initiale, le commandement par intention.
Dans cette première phase, les armées adverses déploient des nuées. Des milliers de drones aériens — certains ressemblant a des oiseaux, d’autres minuscules comme des libellules — saturent l’espace aérien. Chaque unité est jetable, remplaçable, certaines dédiée à mourir pour tuer. Ils volent en formations fractales auto-organisée que nul état-major humain ne pourrait concevoir en temps réel, pilotés par des algorithmes distribués qui apprennent, s’adaptent, se réorganisent. Sur le sol, les robots terrestres articulés entre eux, avancent en colonnes que les mines ne peuvent plus arrêter longtemps, grace a leur nombre avec une endurance que la fatigue n’entame jamais. Sous les eaux, des submersibles autonomes tissent des réseaux de surveillance et de destruction que les sonars traditionnels peinent à démêler. L’espace, enfin, est devenu un champ de bataille silencieux où les satellites s’aveuglent, se brouillent, se détruisent, réduisant progressivement chaque camp à une cécité partielle.
La logique qui gouverne cette première période est une logique de masse et de vitesse. Celui qui frappe le plus vite, le plus simultanément, le plus massivement, remporte l’avantage. Les théoriciens militaires avaient depuis longtemps compris que la supériorité dans un conflit symétrique revient rarement à celui qui a le meilleur soldat, mais à celui qui épuise le plus vite les capacités de régénération de l’adversaire. Cette intuition, formulée par les stratèges soviétiques de l’école opérationnelle dans les années 1980, puis affinée par les penseurs américains de l’Air-Sea Battle, trouve dans la dronisation sa réalisation la plus radicale. Car les machines peuvent frapper non seulement les forces en présence — les essaims adverses, les blindés, les positions fortifiées — mais surtout l’infrastructure invisible qui permet à la guerre de durer : les usines de production de drones, les centres de données hébergeant les modèles d’IA militaires, les nœuds logistiques par lesquels transitent les composants électroniques, les laboratoires où s’affinent les algorithmes de vol et de ciblage.
C’est là que réside la brutalité nouvelle de cette guerre. Elle ne cherche pas à tuer les soldats ennemis — ils sont peu nombreux, protégés, souvent à des centaines de kilomètres du front physique. Elle cherche à détruire la capacité à régénérer le potentiel de combat. Frapper une usine de semi-conducteurs, c’est condamner l’adversaire à l’impuissance dans six mois. Détruire un centre de commandement algorithmique, c’est aveugler les essaims ennemis et les transformer en nuées désorganisées. Neutraliser les réseaux électriques qui alimentent les serveurs de traitement des données, c’est plonger le système nerveux artificiel de l’armée adverse dans un coma progressif. La guerre des essaims est donc, dans sa première phase, une guerre d’ingénieurs autant que de généraux — une guerre où l’on cible des lignes de code, des chaînes d’approvisionnement, des nœuds énergétiques.
Au terme de cette phase — dont la durée reste imprévisible, quelques semaines peut-être, quelques mois plus probablement — un camp se trouve dans une position d’infériorité irréversible. Ses essaims se sont raréfiés, ses usines sont en ruine ou hors de portée, ses centres de commandement ont été délocalisés si souvent qu’ils ont perdu en cohérence ce qu’ils gagnaient en survie. L’adversaire victorieux, lui, a conservé une supériorité numérique et technologique : ses essaims continuent de voler, ses algorithmes continuent d’apprendre, sa chaîne logistique continue de produire. Il a gagné non pas en anéantissant l’ennemi au sens traditionnel, mais en éteignant sa capacité à se battre. La victoire ressemble moins à Waterloo qu’à une panne de courant progressive — une dégradation jusqu’au point de rupture où le commandement adverse comprend qu’il ne peut plus ni attaquer ni se défendre efficacement.
II. Le désarroi du vainqueur — des robots sans cibles
Vient alors le moment le plus étrange de ce conflit futur, celui que les manuels de stratégie n’avaient pas anticipé: le vainqueur se retrouve seul avec ses machines, dans un espace que la guerre a partiellement dévasté, face à un adversaire qui n’est plus une armée mais une population. L’état-major qui a orchestré la campagne des essaims avec une précision algorithmique remarquable découvre soudainement que ses outils — conçus pour détruire d’autres machines, pour frapper des cibles identifiées, pour optimiser des trajectoires dans un environnement de combat structuré — ne savent pas quoi faire d’une rue qui se repeuple, d’un marché qui rouvre ses étals, d’une école dont les enfants réapparaissent sur le pas de la porte.
Les drones de combat excellent dans ce pour quoi ils ont été programmés : identifier une signature thermique, acoustique ou électromagnétique correspondant à un profil cible, calculer une trajectoire d’interception, déclencher un mécanisme. Mais ces capacités, deviennent inutiles — ou pire, dangereuses — dès lors que le territoire occupé ou contrôlé se repeuple de civils dont les comportements sont, par nature, ambigus, chaotiques, imprévisibles. Un homme qui court dans une rue peut fuir un incendie ou tendre une embuscade. Un attroupement devant un bâtiment peut être une file d’attente pour de l’aide alimentaire ou une réunion de résistants. Une lumière allumée dans un sous-sol la nuit peut signaler une famille qui survit ou un atelier clandestin qui prépare les armes de la revanche.
Le commandement victorieux se trouve donc dans une paralysie paradoxale. Il a les moyens de détruire, mais il ne peut plus les utiliser sans risquer de commettre des actes qui transformeraient une victoire militaire en catastrophe politique. Les règles d’engagement, déjà complexes dans les conflits conventionnels, deviennent dans ce contexte presque impossibles à codifier pour des systèmes autonomes. L’IA militaire, entraînée sur des données de combat, n’a pas appris à distinguer le deuil de la menace, la colère de la haine organisée, le désespoir de la résistance.
L’espace physique lui-même complique la situation. Le territoire n’est pas uniformément détruit. Il est lacéré, inégal, avec des zones entièrement réduites à néant et d’autres presque intactes, épargnées par le calcul ou par le hasard. Les infrastructures de communication ont été ciblées, mais les humains sont des êtres remarquablement adaptables : là où le câble de fibre optique a été sectionné, on échange des clés USB ; là où les antennes ont été rasées, on redéploie des réseaux maillés artisanaux. La vie sociale ne reprend pas de façon ordonnée, selon un calendrier que le vainqueur pourrait anticiper — elle émerge par capillarité, par les interstices laissés par la destruction, avec une vitalité qui déroute les planificateurs militaires.
Cette vie sociale naissante n’est pas non plus neutre. Elle est traversée par des émotions puissantes — le deuil, la honte de la défaite, la rage contre l’occupant, mais aussi, parfois, un soulagement pragmatique que le pire soit passé, un désir de normalité qui peut conduire à des formes de coopération avec le vainqueur. Elle est hétérogène, contradictoire, insaisissable et évlutive, celui qui se nourrissait d’une envie de vengeance se transforme peut etre en sympathisant, les indécis sont majoritaires. Et c’est précisément cette hétérogénéité qui désarme le commandement victorieux, habitué à des ennemis qui ont une signature, une adresse IP, une chaleur corporelle détectable et une volonté. La population libérée — ou occupée, selon le camp où l’on se trouve — est une réalité d’une complexité que les algorithmes de guerre ne savent pas traiter.
Le vainqueur se trouve donc dans une position que l’histoire reconnaît bien, même si les technologies ont changé : il a gagné la guerre, mais il ne sait pas encore s’il va gagner la paix. Ses essaims patrouillent des cieux vides d’adversaires. Ses robots terrestres longent des rues que les civils réinvestissent. Ses analystes de données scrutent des flux d’information qui ressemblent de moins en moins à des communications militaires et de plus en plus à un tissu social en train de se renouveler. Le commandement a besoin d’autres instruments, d’une autre grille de lecture, d’une autre doctrine. Il va les chercher là où ils existent déjà, dans le monde civil : dans les laboratoires de sciences sociales computationnelles, dans les entreprises de traitement de données émotionnelles, dans les algorithmes que les plateformes de réseaux sociaux ont perfectionnés depuis deux décennies pour comprendre, prévoir et orienter les comportements humains de masse.
III. La résurrection des imaginaires — les réseaux comme champ de bataille
Dans les ruines partielles et les villes épargnées, dans les camps de déplacés et les appartements retrouvés, dans les caves reconverties en points de connexion et les marchés où l’on échange des chargeurs solaires contre de la nourriture, la vie sociale ne reprend pas seulement sur le mode de la survie physique. Elle reprend sur le mode, tout aussi vital, de la production de sens. Les êtres humains, confrontés à une rupture historique d’une telle magnitude, éprouvent un besoin impérieux de comprendre ce qui leur est arrivé, de nommer les responsables, de projeter un avenir, de distinguer les alliés des ennemis dans un paysage désormais reconfiguré.
Les réseaux sociaux — ou ce qu’il en subsiste, reconstitués à travers des architectures décentralisées, des messageries chiffrées, des applications peer-to-peer qui circulent de téléphone en téléphone — deviennent immédiatement le principal théâtre de cette production de sens collective. Ils amplifient, accélèrent, cristallisent des phénomènes qui, dans d’autres conflits d’autres époques, se seraient développés sur des mois ou des années : la formation de groupes identitaires, la circulation de récits sur l’origine et la responsabilité du conflit, l’émergence de figures charismatiques, la délimitation de frontières symboliques entre ceux que l’on peut faire confiance et ceux dont il faut se méfier.
Ce qui apparaît alors n’est pas homogène, coexistent des imaginaires radicalement contradictoires. Il y a ceux pour qui la situation représente une opportunité historique : une page qui se tourne, un ordre ancien effondré qui laisse la place à quelque chose d’autre, peut-être de meilleur. Ces groupes mêlent des idéalistes sincères, des opportunistes pragmatiques et des entrepreneurs politiques qui développent des récits de reconstruction, de refondation, parfois de revanche sublimée en projet collectif. Leur énergie est réelle, leur créativité sociale remarquable ; ils investissent les espaces laissés vacants par la destruction avec une rapidité qui surprend les observateurs extérieurs.
Il y a aussi ceux pour qui la situation représente une menace existentielle. Pour eux, ce qui s’est effondré n’était pas un ordre à dépasser mais une protection à restaurer : une identité nationale humiliée, un tissu communautaire déchiré, des hiérarchies sociales renversées, des certitudes culturelles ébranlées. Ces groupes développent leurs propres récits de résistance, de survie, de fidélité à ce qui existait avant. Leur énergie se nourrit d’un deuil qui n’est pas reconnu, d’une colère sans canal d’expression légitime. Le vainqueur leur apparaît non seulement comme un occupant militaire mais comme un effaceur d’identité.
Entre ces deux pôles se déploie toute une gamme de positions intermédiaires, fluctuantes, indécises et mouvantes susceptibles de basculer d’un côté ou de l’autre selon les événements, les émotions du moment, les influences auxquelles chaque individu est exposé. Les réseaux sociaux sont précisément l’environnement où ces basculements se produisent le plus vite, où une image, une vidéo, un message d’un leader d’opinion peut faire migrer des milliers de personnes d’une posture à une autre en quelques heures. Les algorithmes de recommandation — ceux qui subsistent, ceux que les opérateurs locaux ont reconstitués — n’ont pas disparu avec la guerre ; ils continuent de faire leur travail, qui est de maximiser l’engagement, c’est-à-dire de favoriser les contenus qui suscitent les émotions les plus intenses : la peur, la colère, l’indignation, l’espoir.
Ce champ de bataille numérique a une caractéristique souvent sous-estimée : il est infiniment plus difficile à contrôler qu’un espace physique. On peut abattre un drone ou bloquer une route. Mais comment bloquer une émotion qui circule ? Comment intercepter une métaphore qui mobilise ? Comment détruire un récit qui donne sens à la souffrance de milliers de personnes et les transforme, selon leur tempérament et leur situation, en résistants, en collaborateurs, en attentistes ou en agents d’influence ? Le commandement qui a gagné la guerre, se retrouve désarmé devant cette réalité.
Les services de renseignement du vainqueur scrutent ces flux avec une intensité croissante. Ils y détectent des signaux inquiétants : des groupes qui organisent des formes de résistance passive, des réseaux d’entraide qui pourraient demain devenir des réseaux de renseignement au profit d’un adversaire extérieur, des influenceurs locaux dont les messages atteignent des audiences considérables et dont le positionnement vis-à-vis du vainqueur reste ambigu , favorable avec des promesses qui peuvent devenir des piéges ou ouvertement hostile avec des arguments qui si ils s’averent faux pourraient devenir des avantges.
La question qui s’impose progressivement au commandement est celle-ci : comment savoir, parmi ces millions de civils en train de reconstituer leur vie sociale, qui évolue vers une menace qui l’est devenu et qui ne l’est pas ? Et une fois cette distinction établie, comment y répondre sans déclencher les dynamiques de répression qui, historiquement, ont toujours transformé des populations ambivalentes en populations hostiles ?
IV. La guerre des esprits — scanner les cerveaux, façonner les âmes
C’est dans cette quatrième phase que le conflit change de nature une dernière fois, et que la rupture devient la plus radicale. Le commandement victorieux, incapable de réduire à l’inaction une population dont il contrôle le territoire mais pas l’intériorité, se tourne vers les outils que les décennies précédentes ont développés à des fins commerciales, thérapeutiques ou de recherche fondamentale, et qui ont atteint un degré de sophistication suffisant pour être militarisés.
Le premier de ces outils, c’est ce que l’on pourrait appeler la lecture affective instantanée. Depuis les années 2010, la recherche en neurosciences cognitives, en psychologie sociale et en traitement automatique du langage naturel a produit des systèmes capables d’inférer, à partir de signaux multiples — la micro-expression faciale, la variation du rythme cardiaque détectable à distance par des capteurs radar, le choix des mots dans une conversation, la vitesse de réponse à une question, la dilatation pupillaire — des états émotionnels et des dispositions psychologiques avec une précision qui dépasse largement ce qu’un interrogateur humain entraîné pouvait accomplir. Ces systèmes, d’abord développés pour la publicité ciblée et le diagnostic psychiatrique précoce, ont été affinés, miniaturisés, intégrés dans des dispositifs portables, puis dans les caméras de surveillance, puis dans les robots de patrouille.
Dans le contexte du territoire sous contrôle, ils deviennent des instruments de tri. Chaque interaction entre un civil et un représentant de l’autorité — à un checkpoint, lors d’une distribution d’aide, pendant un entretien administratif — devient une occasion de lecture. L’algorithme analyse en temps réel les signaux émis par l’individu et produit une évaluation de sa disposition : favorable, neutre, hostile, incertaine. Cette évaluation n’est pas présentée comme un jugement définitif — elle est exprimée en probabilités, en intervalles de confiance, en indicateurs de risque — mais elle oriente immédiatement les décisions de l’agent en charge, qui peut décider de laisser passer, de retenir pour un entretien approfondi, d’inscrire l’individu sur une liste de surveillance, ou de déclencher une intervention plus directe. Les contre mesures sont vites apparus, avatars, modificateurs audio, maquillage anti-computer vision etc..
La dimension éthique de ce dispositif est, bien entendu, abyssale. Le commandement, confronté à la nécessité de stabiliser un territoire qu’il ne peut gouverner qu’avec des soldats dont il faut préserver la vie trouve dans ces dispositifs une efficacité opérationnelle qui l’emporte sur les scrupules juridiques. La guerre a toujours créé des états d’exception ; celui-ci en est simplement la version technologique la plus aboutie.
Pour ceux que les algorithmes identifient comme hostiles ou potentiellement hostiles, le commandement dispose d’un second ensemble d’outils, plus subtil encore que les premiers : les technologies de modification émotionnelle et d’apprentissage forcé. Ici encore, les origines sont civiles et parfois thérapeutiques. La stimulation magnétique transcrânienne, développée pour traiter la dépression et certains troubles anxieux, permet d’influencer directement l’activité de régions cérébrales spécifiques, avec des effets sur l’humeur, la motivation, la réceptivité aux informations nouvelles. Les interfaces cerveau-machine, d’abord conçues pour permettre à des patients paralysés de contrôler des prothèses, ont révélé en chemin des capacités d’entrée — et pas seulement de sortie — qui soulèvent des questions vertigineuses sur la frontière entre thérapie et manipulation.
À ces outils physiques s’ajoutent des environnements de réalité synthétique d’une cohérence et d’une immersion suffisantes pour produire des expériences émotionnelles indiscernables, pour le système nerveux, d’expériences réelles.
Un individu peut être soumis à des séquences d’expériences simulées conçues pour créer un apprentissage des automatismes de ses associations cognitives pour transformer une figure d’autorité perçue comme menaçante en figure perçue comme protectrice, pour convertir une émotion de colère en émotion de résignation, pour substituer à un récit de résistance héroïque un récit de futilité et d’impuissance.
L’objectif n’est pas, dans cette logique, d’éliminer physiquement les opposants et produire des martyrs mais de les neutraliser psychologiquement. Un opposant convaincu de l’inutilité de son opposition, ou mieux encore, convaincu que ses intérêts véritables s’alignent avec ceux du vainqueur, est infiniment plus gérable qu’un opposant incarcéré ou éliminé.
La victoire, dans cette quatrième phase, n’est plus une victoire sur les corps ni même sur les machines : c’est une victoire sur les représentations, sur les émotions, sur les récits intérieurs qui déterminent ce qu’un être humain est prêt à faire ou à refuser de faire.
Cette forme de guerre pose enfin une question non résolue : à quel moment cesse-t-on de faire la guerre et commence-t-on à gouverner ? À quel moment la modification du consentement d’une population cesse-t-elle d’être une opération militaire pour devenir une politique d’administration ?
il faut admettre que la guerre du futur proche n’a pas de fin au sens traditionnel elle est hors limite avant et après les combat. Elle se transforme : elle commence par des essaims de métal qui s’entredétruisent dans le ciel, elle finit par des algorithmes qui travaillent discrètement dans le tissu social, réorganisant les croyances et les fidélités d’une population qui ne sait plus très bien, au bout du compte, si elle a été vaincue ou simplement reconfigurée.
Préparer le coup d’après deviendrait alors préparer les outils qui détectent comment les médias cherchent a créer des représentations, comment la répétition dans les réseaux sociaux créent de l’apprentissage, comment la superposition accélérée de texte, d’images, de son parfois incohérent entre eux impactent nos représentations et notre volonté intérieure aussi directement qu’un missile frappe une cible.
Et finalement si nous étions en mesure d’avoir ces technologies aurions nous besoin de nous réarmer en drone ?
Aymar de La Mettrie